Chroniques Porteñes #20 – Le triste cirque du tango

La Place du Tertre est l’un des lieux de Paris que j’exècre le plus. Cela me parait un décor en carton pâte. Tentative de recréation d’une âme surannée qui n’a sans doute jamais qu’été le fruit d’une romantisation des lieux par les peintres et les écrivains de l’époque. Pour moi, la Boca subit le même sort : une théâtralisation grotesque du tango, et par extension de Buenos Aires. Les touristes semblent avoir besoin de telles choses pour se dire qu’ils connaissent, en quelques jours ou semaines, cette ville pourtant si complexe et plurielle. Suivez le guide ! En une après-midi, vous aurez vu des danseuses de tango aux bas de résille et robe ultra fendue, les lèvres peintes avec du rouge éclatant, des danseurs aux cheveux gominés et la moustache bien peignée ombrant la lèvre supérieure. Sans oublier le costume trois pièces et la rose carmin attachée à la boutonnière. Vous verez aussi des Gaucho pur jus, les cheveux jusqu’à la taille, effectuant leur Malambo sur des planches pour que les talons de leurs bottes s’entendent bien.
Vous pourrez manger un asado dans une parilla hors de prix avec de la viande importée du Brésil, boire de la Quilmes Cristal et vous extasier du chanteur de l’autre côté de la rue, chantant à vous casser les oreilles un tango terriblement cliché, son Borsalino un peu penché sur le front, singeant Gardel. Mais lorsqu’ils s’arrêtent, regardez-les, ces pauvres hères épuisés lorsqu’ils prennent leur pause, lorsqu’ils soufflent d’avoir été pris cent fois en photo en cinq minutes, qu’ils ont dansé ou chanté sans âme, pour appâter le badaud et gagner quelques billets.

Sur Caminito, des hordes de touristes se promènent, insouciants et fascinés par les couleurs des façades. Se démultiplient les danseurs répétant inlassablement des chorégraphies ennuyeuses sur des tangos entendus mille fois, des peintres et des photographes immortalisant des instants surfaits et inauthentiques.

Ces touristes savent-ils que ce n’est qu’un parc d’attraction qui a été construit de toute pièce pour eux, et que dans les rues alentours, même les Porteños ne se promènent pas tant la zone est dangereuse ?

Singerie ridicule et navrante de la culture, creusant plus encore les différences sociales et poussant au crime et à la délinquance. Je ne voulais pas y remettre les pieds, mais pour le projet vidéo d’une amie, j’y suis allée samedi. J’espère pour la dernière fois… C’est tout, sauf le Buenos Aires que j’aime…

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Photo By: Baila Blanca

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