Chroniques Porteñes #21 – Tango de trottoir

Ce n’est pas dans les salons chics qu’est né le tango, mais plutôt dans les bas-fonds de Buenos Aires. Il y a d’ailleurs toute une polémique sur les origines du tango, que je ne discuterai pas, parce que c’est comme pour le lieu de naissance de Gardel… Cela m’intéresse à vrai dire assez peu, je préfère me concentrer sur ce qu’il en a résulté, et ce qu’il en est aujourd’hui du tango.

J’aime l’idée que chacun s’approprie le tango pour le faire sien, s’exprimer à travers la danse et la musique. Alors le projet d’Amaia Zugadi m’a énormément plu.
Elle est professeur de tango, danseuse avant tout, et fait partie de cette jeune génération qui aiment autant les milongas traditionnelles où l’on sort apprêté pour danser, que les lieux peu conventionnels, où l’on peut danser en bottines et short plutôt qu’en robe de soirée avec des talons vertigineux. Le tango va au-delà de ces codes et peu importe où l’on danse, tant qu’on danse. Ces danseurs, souvent très bons d’ailleurs, s’approprient le tango et le modernisent, permettent de le rendre plus attrayant pour les jeunes et ceux qui seraient rebutés par son aspect convenu ou fermé.

Amaia réalise donc ce joli projet « Tango en la Vereda » (« Tango de trottoir ») où, accompagnée d’un partenaire différent à chaque fois, elle choisit un tango et le danse dans un endroit symbolique en relation avec le compositeur, comme par exemple « En esta tarde gris », dansé devant la maison natale de Troilo. C’est un projet qui montre la modernité du tango, le dépassement de ses codes mais qui marque aussi un retour aux origines du « tango de rue », lorsque le tango se dansait (souvent entre hommes) dans les bas-fonds et les quartiers un peu douteux comme la Boca.

J’ai adoré qu’elle fasse appel à moi pour filmer l’un de ces épisodes, à la Boca, face à la maison de Pedro Laurenz. C’était fou d’être là avec ce couple qui dansait sur les pavés, habillés normalement, en bottines et baskets, riant et s’amusant vraiment, tandis qu’à quelques mètres de là dansaient des professionnels au visage de masque, aux vêtements terriblement clichés et aux cheveux collants de brillantine.
Je parlais, dans cet article, de la Boca et du triste cirque tanguero qu’on y voyait, et j’ai aimé constater ce contraste délirant entre ce qu’est le tango dans son essence, et ce tango factice pour touristes. Les gens ne s’y trompaient pas, ils s’arrêtaient pour regarder, prendre des photos et filmer.

Pendant cette après-midi de tournage, il s’est passé de tout, du déménagement en plein champ de tournage au gamin qui a tenté de voler la sono, jusqu’à un train qui est passé à un mètre de là, sur des rails défoncés qu’on croyait hors service. Ca, c’est la magie de Buenos Aires !
Je vous laisse savourer le nouvel épisode de Tango en la Vereda !

55
Photo By: Amaia Zugadi

Laissez un commentaire

Your email address will not be published.