Chroniques françaises #3 – Retour dans un monde sans tango

Réinventer son tango à chaque instant, le nourrir de chaque tanda, de chaque milonga. Aller à des concerts, des conférences, des spectacles. Faire du tango un élément central (mais non exclusif) du quotidien. La musique, la danse, le théâtre, la façon de monter dans le bus et de traverser la ville, regarder un match de foot, lire un roman, boire du maté devant la pluie… Le tango, c’est un mode de vie. Je le découvre dans les livres, aux terrasses de cafés, dans les paroles des chansons. C’est un monde à part, intégré dans le monde. Rentrer en France, c’était rentrer dans un monde où le tango est une activité annexe pour beaucoup, la sortie du samedi soir, une échappée agréable du quotidien. Une autre appréhension de la musique et de la danse, qui a son charme également, mais qui est pour moi comme amputée de son âme. Et donc je me retrouve avec cette désagréable impression d’être dans un monde sans tango. Ou sans le tango qui me plait, qui me parle, qui me rend vivante.

De passage à Paris à mon retour, je suis allée danser. Très peu, trop peu. Les danseurs parisiens sont excellents, techniques, performants. A chaque tanda je luttais contre cette sensation que je ne savais pas danser, que j’étais incapable de suivre, que ce n’était pas ma place. J’avais presque honte de dire que je rentrais de deux mois à Buenos Aires. Je me suis souvenu de ces nuits portenes enfiévrées dans les milongas, ces nuits de tango pur, desquelles je rentrais, épuisée et heureuse, à l’aube. Beaucoup de travail sur mon tango, de fond en combles je dirais même, pendant ces deux mois. Un travail global, d’écoute musicale, corporelle, un apprentissage qui est bien loin d’être terminé.
Drôle de sensation. Je regardais ces danseurs et ces danseuses, m’efforçant de ne pas m’enfuir en courant tellement je ne me sentais pas à la hauteur. Jusqu’à ce qu’un danseur, sortant de l’abrazo, me dise « Ah, mais tu danses Buenos Aires! Ca fait un bien fou ! »

A moi aussi ça a fait un bien fou. Discuter du sujet avec d’autres tangueras aussi, qui voyagent et dansent ailleurs. Cela ouvre des perspectives, et rassure.

Comme quoi, chaque lieu et chaque danseur a son tango, son appréciation de la musique, son mode de fonctionnement… Après avoir dansé sur plusieurs continents, je suis persuadée que le tango qui me fait définitivement vibrer est celui de Buenos Aires, mais j’ai bien envie de poursuivre mon investigation partout là où je passerai…

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Photo By: Baila Blanca

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