Chroniques françaises #4 – Vive le tango

***** Article à lire avec humour, comme d’habitude, bien entendu*****

J’avais oublié. Je le jure. Je ne le dis pas comme si j’avais pris la grosse tête en vivant à Buenos Aires et que je me croyais la reine du tango. J’ai (beaucoup) de limites, je les connais, j’essaye d’améliorer mon tango, de prendre des cours, d’aller danser. Regarder, apprendre, écouter, demander, investiguer. Mais je jure qu’en un an, j’avais oublié ce qu’était le tango en France (bon, ce n’est pas très honnête ce que je dis, car je ne suis pas non plus allée à des masses de milongas depuis mon arrivée). Mais quand même. J’ai eu des souvenirs d’avant. Des nuits Canaro – Otros Aires – D’Arienzo, des nuits pleines de ce que j’appelle « les faux argentins », ces hommes qui ont le total look argentin qui nous trompe tant, avec des cheveux long (châtains) tirés en queue de cheval, avec une barbe ou une moustache (parfois le combo moustache-barbe), une chemise rentrée dans un pantalon dont la ceinture est placée sous le ventre pour être bien ajusté aux fesses, et des chaussures de danse. C’est le typique faux argentin. Quelle mascarade! Je me trompe ?
Et danser sur n’importe quel rythme, se tenir de n’importe quelle façon, aller bien plus vite que la musique (bon, si ma prof me lit, elle va bien rire, parce que j’ai ce problème majeur d’aller plus vite que la musique, je le travaille ! Mais cela a beaucoup à voir avec la nervosité…)
Bref, je suis allée accompagnée à une milonga. Nous nous sommes installés à une table, on a commencé à discuter, bu un verre, comme à Buenos Aires. On a écouté et commenté la musique… On n’était pas pressés de danser. Et comme nous sortions ensemble, nous allions danser ensemble, évidemment. Je n’étais pas là pour « milonguer », mais pour passer une soirée tranquille, à deux, avec un peu de tango… Si je souhaite « milonguer » (quel affreux terme, mais je n’arrive pas à inventer de traduction française acceptable à « milonguear »…) – en France ? Hors de la capitale, c’est difficile… Mais peu importe.

J’ai regardé autour de moi.

Beaucoup de femmes très bien apprêtées (c’est sûr, lorsqu’elles m’ont vue avec mon jean slim taille haute et un débardeur court, elles ont du penser que j’étais folle ou que je dansais la kizomba – autre folie que j’ai découverte ici ces jours-ci, j’en parlerai dans un prochain post…), avec un air et une tête de je-déteste-tous-les-hommes-car-personne-ne-m’invite-à-danser (cela n’aide effectivement pas à déclencher des invitations spontanées, comme on en parlait dans une autre chronique), et de je-déteste-toutes-les-nanas-qui-dansent-car-c’est-sûr-qu’on-les-invite-parce-que-leur-jupe-est-plus-courte-ou-qu’elles-couchent.

Quel dommage ! Et quelle tristesse ! Certaines n’ont, je crois, pas dansé une seule fois par manque d’hommes mais aussi à cause de visages aux airs franchement antipathiques. Quel dommage qu’elles n’aient même pas eu l’air d’apprécier les quelques tandas correctes qui passaient.

Et cette chose que j’ai tant travaillée à Buenos Aires et qui continue de me poser parfois des problèmes : le CABECEO ! Une chose si simple et si complexe à la fois mais qui nous protège, nous les femmes, mais aussi les hommes ! Qui rend la milonga plus légère. Le cabeceo ne semble pas vraiment exister ici. Ni fin ni brusque. Les hommes marchent d’un pas décidé jusqu’à la table de leur proie, peu importe si elles sont dans les bras de quelqu’un ou en pleine discussion, en train de changer de chaussures ou de faire quoi que ce soit qui ne les montre pas disposées à danser. Ils arrivent à la table, on les a pourtant vus de loin avec leurs gros sabots, on a volontairement tourné la tête dans le sens inverse et on a poursuivi notre discussion afin de bien signifier que non, on ne souhaitait pas danser. Mais peine perdue. Ils viennent, vous coupent pour vous demander de danser. Que s’imaginent-ils ? Qu’on va laisser là en plan comme du linge sale la personne avec qui on était pour danser avec un inconnu ? Non. Ca, je le faisais lorsque je suis arrivée à Buenos Aires. Car des mal-éduqués, il y en a aussi là-bas, bien entendu (surtout des touristes…hum hum), et à l’époque je ne savais pas dire non. Une fois. Deux fois. Ils ne comprennent donc pas ?
Le plus rigolo fut sans doute lorsque certains (pour)suivaient des danseurs sur la piste pour les filmer avec leur portable (pas des danseurs pros, ni des tangueros d’un niveau intéressant, ils semblaient plutôt être débutants), ou que certains assis à des tables le long de la piste apostrophaient des couples passant par là, et alors tout le monde se mettait à discuter en plein tango. Ah, il est loin, le tango intime, milonguero, de la Pepa ou la Viruta, ou une quelconque milonga bien porteñe, respectueuse du tango « tango »…

Bon, en France, je profiterai du fromage et de la baguette, du soleil et de la plage, mais certainement pas du tango!!

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Photo By: Diego Braude

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