Chroniques françaises #6 – Mieux vaut rire que pleurer

Je ne le répèterai jamais assez : taisez-vous. Mieux vaut laisser sur la piste si on n’est pas contents. Mieux vaut tout que dire des choses qui pourraient blesser votre partenaire. Ou pire, vous faire passer pour un ridicule. Mais peut-on être sans arrêt à essayer de faire la leçon aux goujats et aux sots ? Parfois, je veux seulement profiter, tant pis si le niveau est médiocre, tant pis si la piste a l’air d’être une place de marché, tant pis si la musique parait ne même pas arriver aux oreilles des danseurs. Je mets mes exigences de côté, et j’y vais.
Je notais donc dans cette chronique que les français ont le coeur désespérément froid et qu’ils ont une appréhension et une conception totalement différente du tango argentin (amis parisiens, ne prenez pas la mouche, je ne parle pas de vous, puisque je ne suis pas venue danser sur vos pistes cet été). J’ai accepté une tanda demandée grossièrement par un malotrus : j’avoue, mes parents étaient là et voulaient me voir danser. Bon, j’ai fait plaisir à tout le monde, sauf à moi. Puis la dernière tanda de la soirée (samedi de festival à minuit et demi, heure à laquelle la Viruta est encore déserte), le public était rare, les danseurs quasiment tous rentrés se coucher. On m’invite, j’y vais, celui-là ne paraissait pas trop mal. Abrazo vide, et désagréable impression de danser avec un tronc d’arbre. J’écoute cette belle tanda de Pugliese, tant pis, je tente de me laisser envahir par la musique. Jusqu’à ce qu’à mon oreille j’entende distinctement : « Ah oui, d’accord ».
Moi, tentant désespérément de me raccrocher au bandonéon : « D’accord quoi ? »
Lui : « Non rien, c’est bon, je comprends comment tu danses »

Blanc.

Qu’a compris exactement ce jeune homme qui ne sait pas me faire faire un ocho correctement et me marche sur les pieds tous les trois pas ? J’essaye de ne pas lui mettre ma main dans la figure. « Je ne vois pas bien ce que tu as compris mais ce n’est pas le lieu pour discuter. » Oui, j’ai des défauts, oui je fais plein d’erreurs, je ne pose pas mes pieds bien correctement, je suis parfois un peu vive dans certains pas, je n’en fais qu’à ma tête. Mais là, vraiment, je ne voyais pas. Mais le pire fut : « Non non, ça va, c’est intéressant ta façon de danser. Ce n’est pas pareil. »

En effet, ce n’est pas pareil. Je n’en dirai pas plus. J’ai quitté bien vite ce garçon qui a semblé ne pas bien comprendre pourquoi je partais et le laissais là apparemment en plan.

Je ne crois pas bien danser, au contraire. Je crois seulement avoir compris à quel point le tango est difficile, complexe, sensible, ardu. Ce n’est pas une succession de pas, ce ne sont pas des figures, ce n’est pas un style vestimentaire. C’est un tout. Plus on avance, plus on s’enfonce dans ses complexités et ses finesses. C’est fascinant. Je cherche, avec mes capacités et mes limites, je prends le temps, j’investigue… Mais alors quand je me retrouve face à ce type de danseur qui a un niveau si différent, si malhabile, et qui en plus a les chevilles qui lui font exploser les chaussettes, ça me fait voir rouge. Ces danseurs – ou danseuses, car un milonguero m’a déjà fait part de ce phénomène – vous contraignent à danser « à leur niveau » et qu’ils vous jugent ensuite en vous faisant sentir – ou comprendre – qu’ils avaient l’impression qu’on dansait mieux que ça, on a envie de les étrangler. On a tous des cultures tangueras et des parcours différents. Mais pourquoi dire ce genre de phrases assassines et, surtout, inutiles et discréditantes ?

Alors je ris, je ris parce je souhaite que le tango soit une source de joie, de plaisir, un chemin épineux mais lumineux. Vivement Buenos Aires, je compte les jours.

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Photo By: Diego Braude
2 Discussions on
“Chroniques françaises #6 – Mieux vaut rire que pleurer”
  • Triste de vous entendre faire des critiques .
    Critiques qui sont justifiées .
    Le tango comme beaucoup d’autres danses ressemble un peu à une bassecour ou le coq essaye de faire le beau avec sa cavalière dans les bras .
    Oui , c’est une majorité de danseurs qui n’ont pas bien compris le sens du tango .
    J’utilise le terme cavalieres car , je suis un  » ancien de la danse de salon  »

    Depuis 8 ans je suis complètement accro au Tango .
    Dans toutes les danses de salon l »homme guide et sa cavalière suit ou essaye de suivre .
    Il n’y a pas d’abrazo . l’homme enlace sa partenaire plus ou moins confortablement , ventre contre ventre et Hop!! un petit tour sur la piste .
    Bien entendu l’idéal , pour avoir un plaisir partagé est de danser avec une femme avec qui a un niveau identique que le votre .
    L’idéal , pour une femme est d’avoir un partenaire qui est meilleur que vous et qui est capable de vous faire progresser avec le sourire . C’ est rare mais cela existe . En danse de salon , ce n’est pas très compliqué.
    Dans beaucoup de danses , l’homme et la femme font toujours les mêmes figures ? trois et quatre mouvements et passes , toujours les mêmes.
    Alors que souvent les personnes ont passés des années en cours , cours collectif.

    Sans avoir les chevilles comme vous dite qui gonflent ; je suis un  » danseur »
    La danse est ma vie .
    Je danse depuis l’age de 10 ans .Toutes les danses pratiquement .dance sur glace dans ma jeunesse, rock acrobatique aussi , danses latines et sportive .

    Je suis un papy danseur .

    Je peu affirmer que le tango est ce qu’il y a de plus d ifficile à faire et la plus complique de toutes les danse qui existent .
    Même par rapport à la danse classique et danse modernes .

    Pourquoi ???
    Tout simplement que : dans le tango , arrivé à un bon niveau , il faut faire qu’un avec sa ou son partenaire. Danser comme respirer, ne pas réfléchir., ne pas essayer de comprendre ce que votre partenaire vous fait .

    Si Si Si cela existe, je peu vous l’affirmer .
    Il m’est arrivé, rarement , d’avoir une débutante dans les bras, débutante tres doué pour la danse avec qui je me suis éclaté , sans me poser des questions .

    Évidement je faisait quand même très attention à ce que je faisais .

    L a fille comprenait rapidement ce que je lui demandais de faire . Elle était OK pour ça .

    Vous n’ete pas obligé de me croire mais en l’espace de deux et trois tendas ,ma partenaire était capable de faire des figures que l’ont append dans des cours de trois et quatrième années et d’un niveau tres avancé.

    Tous cela pour vous dire que des le départ en danse de tango , les dés sont pipés.
    Il y a des gents qui ne sont pas doué pour ça et d’autre qui sont plus doué.
    Je ne suis pas d’accord avec le type d’enseignement qui existe à travers le monde pour le trango .

    Avec mon passé de danseur , je peu affirmer que c’est tres tres difficile pour apprendre le rtango .

    Et de mettre ensemble dans un cours de débutants , une femme et un homme, c’est une sorte d’arnaque .
    Il y a une question financiere à ne pas négliger aussi .

    Il faut bien que les profs gagnent leur vie !!!!! Hi Hi Hi .

    Il y a une tres grande différence d’aptitude à apprendre entre la femme et l’ homme .

    La femme a beaucoup plus de possibilité d’apprendre vite que l’homme .

    Comment voulez vous faire des progrès , pour une femme , avec un homme dans les bras qui est incapable d’ avoir des bonnes connexions pour vous guider ?

    Connaissez vous une école de tango ou le prof vas essayer de vous expliquer le guidage pendant des mois et des mois ?

    Non , rapidement l’ensemble des profs vont passer aux figures .

    C’ est normal. Les élèves veulent apprendre rapidement . Et passer des mois et des mois à ne faire que marcher n’est pas formidable .
    Moi même , je m’étais donné deux à trois ans pour apprendre le tango .

    Rigolade .

    Je progresse et travail en permanence .

    Je suis arrivé à un bon niveau , même au dessus des beaucoup de profs .

    Pourquoi ?

    Tout simplement que je suis un ( danseur ) , un vrais ;

    Il ne faut pas avoir de complexes vis à vis des profs . Je peu vous affirmer que beaucoup de profs ne progressent pas . Car ils sont prisonnier de leurs cours et de leurs élèves .
    Pas moi . Je suis libre comme un oiseau et apprend tout le temps , mais seul .

    Non , l’homme n’est pas le seul à guider .

    L’idéal , cela m’arrive rarement est d’avoir une partenaire qui comme vous est capable de danser comme de respirer.
    Alors là , c’est le top du top , c’est le pieds pour tous les deux .
    Je m’explique .
    A un certain niveau , c’est la femme qui prend son indépendance et vous propose des trucs à faire. Je rentre dans son jeu .
    Il y a alors des échanges incroyables , une sorte de jeu s’installe ou chacun se renvoie la balle.

    Mais c’est tres rare.

    Je danse de moins en moins car c’est cet échange que je recherche .

    Excusez ma maladresse à écrire, je n’ai pas votre dextérité à écrire . Au moins , si vous avouer que vous n’etes pas doué pour le tango , vous etes doué pour vous exprimer sur une page blanche .

    Plusieurs de mes ami(e)s m’ont demandés de faire une école de tango pour y transmetre mon art de danser .
    Réponse ;

    Je suis libre , je suis artiste, et je progresse en permanence .
    Je ne veux pas m’emmerder à faire une école de danse et perdre ma liberté .
    Ne pas avoir un fil à la patte .

    J’ ai beaucoup de boulot .
    La danse est pour moi une porte ouverte sur un autre monde ou les servitudes du travail n’existent pas ;

    Une sorte de soupape de sécurité dans la vie active .

    Vous pouvez faire ma connaissance sur Facebook à ;
    Patrick Dupré ‘ picatchou .
    Et Patrick Dupré Op Art .

    J ‘espere un jour venir sur B_ A

    Triste , je ne parle pas un mot d’Espagnol .

    Abrazo

    Patrick

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