Chroniques Porteñes #26 – La Force du Tango

Froid, fatigue, moral un peu bas : non, on n’a pas toujours envie de sortir danser. A quoi bon, avec cette humeur de chien, risquer de passer sa soirée assise sur une chaise à broyer du noir et haïr la terre entière en pensant que le tango est élitiste, inaccessible et barbare ? Que les hommes sont machos et les femmes de pauvres choses victimes de règles discriminatoires absurdes ?
On peut voir les choses comme ça. O peut aussi se mettre un bon coup de pied, enfiler une jolie robe, se poudrer venez pour se sentir belle, et décider d’y aller et de passer une bonne soirée, qu’elle nous changera les idées et l’humeur, qui est si mauvaise qu’elle nous déforme presque le visage.
Le meilleur moyen d’aller en milonga quand on est dans cette humeur ? Le vélo. L’air frais nocturne semble vous laver de tout, vous préparer à cet inconnu.
De dehors on entends déjà les mélopées de tango qui s’échappent de la milonga. Le coeur s’accélère, on attache vite son vélo, quelques danseurs fument ou discutent à la porte, on se sent déjà régénérée. Tout peut arriver. Sensation d’être Alice et de pénétrer dans un monde fourmillant de tous les possibles. On n’a pas le temps de s’installer que les abrazos nous étreignent, les amis nous saluent, les rires fusent, la musique nous entraine. Deuxième lanière à peine bouclée et on est déjà entraînée sur la piste. Et la magie du tango opère : toutes les inquiétudes, toutes les préoccupations s’évaporent. Seul compte cet instant, comme suspendu. Un pas après l’autre, le souffle qui trouve sa place, une figure, une autre… et la soirée passe, sans qu’on s’en rende compte : on n’est plus que sourires, instant présent. On en veut plus. Alors on suit la flopée de danseurs pas tout à fait rassasiés jusqu’à la Viruta, on l’on dansera jusqu’aux premières lueurs de l’aube, ivres de tango, de musique, d’abrazos et de moments partagés. On en oublie même l’humeur maussade, la tristesse ou la fatigue qui nous étreignaient quelques heures auparavant. Oui, le tango a une puissance qu’on n’imagine pas, et qu’on oublie parfois. Qu’il est bon de s’en rappeler ! Mais il faut vouloir changer d’humeur, sinon la soirée peut se transformer en cauchemar, les membres gourds de rester assise pendant des heures, le cou qui se durcit et les yeux qui envoient des éclairs. Comme le disait Rodrigo Fonti dans une interview, il n’est pas toujours bon de sortir selon son humeur, mais parfois on découvre en soi des trésors révélés dans les abrazos…

8
Photo By: Paco Sanz
1 Discussion on “Chroniques Porteñes #26 – La Force du Tango”

Laissez un commentaire

Your email address will not be published.