Fausto Carpino

« Je contribue en essayant d’avoir à la fois une posture d’inspiration, et en même temps proposer une simplification des choses »

J’étais un peu fébrile en attendant Fausto à cette terrasse de café ensoleillée, à Pau (France). C’était ma toute première interview pour ce projet de « Tango Mio And co ». Comment allait-il réagir, est-ce que mon projet l’enthousiasmerait ? Il est arrivé, son élégance italienne me faisant penser à Al Pacino dans le premier Parrain, au même âge ou presque, et sa démarche assurée et amicale, son sourire en coin, si charmeur, rappelant Jean Dujardin. Immédiatement il a été bienveillant, ouvert, curieux, et ma fébrilité s’est envolée.

Il m’a laissé voir ce que peut être la vie d’un maestro, ces danseurs qu’on admire tant. Ce n’est pas toujours facile : « On a toujours des hauts et des bas dans la vie. Dans le tango c’est pareil ! On ne peut pas tout maitriser… Je ne suis par exemple jamais vraiment content de mes démonstrations. Cela ne se voit pas, mais je sais, moi, que je n’ai pas donné tout ce que je souhaitais, mon corps ne répond pas toujours. Cela se passe souvent tard dans la nuit, après un ou plusieurs jours de festival, la fatigue et le stress s’accumulent. La connexion au partenaire, ou même au public, n’est pas évidente. Et comme nous improvisions, cela complexifie tout ! » Cela me rassure en un sens, moi jeune danseuse, que même les grands connaissent des moments de doutes. Heureusement, finalement ! Alors que je lui demande quel a été le moment qui l’a vraiment plongé dans le tango, il me raconte son parcours. Il a mon âge mais sa vie entière a toujours tourné autour de la danse, je trouve cela fascinant : « J’ai commencé la danse de salon à six ans, et le tango à seize. Mais je dois avouer qu’au début, je n’aimais pas ça du tout ! Ma sœur et moi avions ouvert une école de danse et pour la maintenir à flot, il a fallu se diversifier dans les cours. Il n’y avait pas de tango dans notre ville, alors nous avons commencé à proposer des cours. C’était de la co-construction, avec les élèves, ils savaient qu’on n’y connaissait pas grand-chose. Mais cela a dû leur plaire, ils sont restés solidaires et aucun de cette année-là n’est parti ! A l’époque j’approfondissais ma danse de salon, je n’avais pas le temps pour autre chose, et en plus la musique de tango ne me plaisait pas ! Je prenais des cours dans des festivals en Europe mais je ne parlais qu’Italien, alors je ne comprenais pas grand-chose, c’était horriblement frustrant ! Mais je me suis accroché, et quand j’ai commencé à aller à des milongas à 70 km de ma ville (la plus proche…), où il y avait des gens bien plus âgés que moi, je me suis rendu compte que le tango faisait partie de moi, qu’il avait pris le pas sur la danse de salon. »

Mais alors, est-ce qu’aujourd’hui quelque chose le rattache immanquablement au tango, une sorte d’objet symbolique ? « Question difficile ! Quelque chose qui me connecterait au tango, par exemple, c’est lorsque je vois un bon sol, ou que j’entends quelques notes de musique dont la structure me rappelle un tango, mais pas d’objet précis. »

J’aimerais savoir ce qu’est sa contribution au tango (une question qui semble faire frémir tout le monde) : « Chacun prend ce qu’il veut pendant les cours. Lorsqu’on en donne des réguliers, on peut être dans une démarche de progression continue avec les élèves. Pour le moment, ce n’est pas le cas. Je contribue en essayant d’avoir à la fois une posture d’inspiration, et en même temps proposer une simplification des choses. Le tango est complet et complexe, il y a tant à apprendre ! Il faut énormément pratiquer, avoir de l’envie et du temps, afin de faire la différence et être vraiment à l’aise à danser. Apprendre des pas de démonstration n’a aucun sens car cela ne ressortira jamais en milonga. Je préfère proposer des petites choses, des petits détails à améliorer, aider à se sentir bien. Certains dansent sans vraiment de bonne technique mais se sentent bien. C’est important, la sensation ! Je pense que ça va à l’encontre de trop de technique. Donc il faut trouver un équilibre entre les deux pour mieux guider. »

Est-ce que ce jeune danseur italien a une fierté particulière ? « Ne pas être argentin et vivre du tango! Ca en a l’air, mais c’est tout sauf évident ! » Et alors, je lui demande, quel est ton héroïsme ? Il répond immédiatement en riant : « Persévérer là-dedans ! » J’aime sa sincérité et son ouverture. Quel est son meilleur espoir pour le tango ? « Que les gens soient plus humbles. Cela manque, dans le tango. Il y a beaucoup trop d’égo… » et je le vois sourire, il me dit que dit ainsi, cela fait très snob ! Je lui demande quel est la qualité en lui qu’il met au service de cet espoir, justement. « Je ne sais pas tout, il y a toujours à apprendre, mais je m’efforce de faire comprendre ma vision du tango, ce n’est pas évident ! J’aime que les choses soient bien faites, qu’on ne se contente pas de choses à peu près, mais qu’on aille au bout des choses. C’est mon idée du tango : on ne peut pas se contenter de le danser « à peu près ». C’est ça que j’essaye de transmettre. J’aime voir que quelqu’un persévère, tente, afin de régler des petits détails qui coincent. Après, ils apprécient tellement mieux de danser ! ». Bien, la qualité qu’il met serait donc l’amour du travail bien fait. J’ai déjà suivi des cours avec Fausto et Stéphanie, en Espagne et en France. Ils ont en effet une façon simple, proche, accessible de transmettre leur savoir. Toujours avec humour et bienveillance. J’ai été heureuse de retrouver là la douceur et la sincérité que je sens lorsqu’ils dansent. Une belle rencontre !

http://www.faustoystephanie.com/
Page Facebook de Fausto et Stéphanie

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Photo By: Kinga Lakner

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