Fernando Bietti – Zona Tango – Partie 1/3

« Offrir un espace d’inspiration entre tant d’autres, de mélange et mariage des arts pour que naissent de nouveaux courants… »

Dans ma trajectoire de danseuse, Zona Tango est un lieu à Buenos Aires qui m’est particulier et cher. J’y retourne chaque fois avec beaucoup de plaisir. C’est une véritable « Zone » de tango, un lieu où passent les artistes, où se mêlent de nombreuses générations, idées et arts. Un lieu d’inspiration et de partage. Son propriétaire Fernando Bietti, inspirateur au grand coeur débordant d’humilité et d’amour, s’est prêté au micro de Tango Mio pour me parler de son ressenti du tango et de ses évolutions, mais aussi de ses projets et ses engagements pour un tango populaire et accessible à tous. L’interview est composée en trois partie : le lieu, Fernando Bietti, et le tango populaire.

1. LE LIEU : une affirmation de la liberté et la créativité après des années de répression militaire

Avant toute chose, je demande à Fernando de me parler de ce lieu, « Zona Tango », qui se trouve dans le quartier de Balvanera à Buenos Aires. Nous sommes sur la terrasse, une fin d’après-midi d’été, c’est la première fois que je vois la maison ainsi, vide et de jour, mais cela me plait autant que lorsqu’elle est sombre et remplie de monde dans tous les coins.

« Pour te parler du lieu, il nous faut remonter un peu en arrière, il y a sept ans, lorsque j’organisais une milonga avec trois autres amis, puis avec un seul dans un autre lieu, le « Salon Del Club ». J’ai énormément appris. Lorsque je me suis retrouvé à l’organiser seul, j’ai pensé à la faire ici, car le lieu offrait de très nombreuses possibilités. J’aime avoir la possibilité de concrétiser ce que je sens et souhaite, sans trop d’obstacles, et surtout sans me conformer à ce qui se fait dans un salon classique. C’est en évolution permanente et cela me plait. Déjà Au Salon Del Club, nous essayions de transformer les lieux afin qu’ils ressemblent le moins possible à un Salon. Je pense que cela fait écho à la fin de toutes ces années de répression militaire et de dictature : s’affirmer et être anticonformistes. J’ai passé toute mon adolescence sous la dictature, et une fois celle-ci terminée, on a senti une vague culturelle très forte. On cherchait à se réapproprier les lieux, les transformer, chercher des limites qui avaient soudain disparu. J’ai fait partie de cette mouvance. C’était un moment assez incroyable. Tout était assez instinctif, l’énergie contenue pendant la répression, la créativité, ont pu s’exprimer. Beaucoup de gens qui ont participé à cette mouvance nocturne de Buenos Aires sont aujourd’hui des grands de ce monde. »

Zona Tango est l’une de tes fiertés ?
« Bien sûr ! Il y a des musiciens extraordinaires qui viennent jouer ici et tout se passe tellement bien. Et le respect qu’il y a quand ils jouent… Astillero qui jouait l’autre jour par exemple. Tout le monde s’est groupé autour d’eux et il y avait un silence presque religieux. Ce genre de chose me remplit de fierté. Mes amis qui chantent, dansent, jouent, me font confiance, souhaitent donner vie à ce lieu… je suis fier du tango, de mes amis, de tous ceux qui y contribuent avec le coeur.

Si je peux apporter quelque chose je crois que ce serait cela : offrir un espace d’inspiration entre tant d’autres, de mélange et mariage des arts pour que naissent de nouveaux courants. Faire participer tous les arts. Ici viennent des peintres, des trapézistes qui font des performances de tango… Tout commence à se mélanger… les arts et les gens, pour participer, apporter, contribuer. Personne ne peut être passif dans un lieu comme celui-ci, comme dans les salons traditionnels où tu es assis à ta table avec ta coupe. Surtout pour les femmes. Ce lieu est fait pour permettre l’émergence de nouveaux modes de fonctionnements. »

…. la deuxième partie à suivre très bientôt !

C’est à Zona Tango que Pablo Montanelli et Gustavo Garay ont enregistré leur interprétation de Bahia Blanca pour le projet de Tango Mio and Co.

Voici une vidéo du Cachivache Quinteto jouant à Zona Tango en 2013, avec Jorge Frias et Natalia Fures en train de danser.

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Photo By: Zona Tango