Hugo Satorre – Bandonéoniste – 2ème partie

« On assiste aujourd’hui à toute une mouvance musicale qui regarde devant elle, mais la plupart des orchestres qui ont du travail jouent des choses d’avant »

Hugo Satorre multiplie les projets musicaux, comme nous l’avions vu dans la première partie de l’interview… Voici la suite, qui vous donnera un plus grand aperçu de qui est ce très bon musicien !

Quel serait pour toi un symbole du tango ?
« C’est difficile de n’en choisir qu’un. Il se peut que cela soit le bandonéon, mais en Argentine ce n’est pas un instrument si populaire (s’il y a 5000 joueurs de bandonéon, il y en a dix fois plus de guitare!) Pour moi, le le point fort du tango actuellement réside dans la danse.

Il y a toujours plus de gens qui dansent ou jouent du tango. Le tango a cette particularité de se tourner toujours vers le passé. Ce qui peut être bien ou non. Par exemple on assiste aujourd’hui à toute une mouvance musicale qui regarde devant elle, mais la plupart des orchestres qui ont du travail jouent des choses d’avant (souvent en l’interprétant de façon assez moderne cependant). En gros je pense que c’est parce que les danseurs préfèrent se raccrocher à du connu que de risquer de plonger dans l’inconnu, que le trop moderne ne prend pas.

Il me semble qu’aujourd’hui, on peut distinguer deux grandes veines du tango musical. D’un côté, la veine guidée par Peralta, et de l’autre Varchauswski.
En ce qui concerne Peralta et ses acolytes, on peut citer la Fernández fierro, Astillero, Rascacielos, et un tas de plus petits orchestres au style dérivé de Pugliese. Les textes dramatiques, le son, la posture rockera, tout est lié. Il y a une cohérence intellectuelle, je crois.
Du côté de Varchauswski (créateur de l’Orchestre-école et contrebassiste de l’orchestre El Arranque) cela se rapproche plutôt de l’inspiration Salgan et Troilo. Nous pouvons citer, entre autres, ElArranque, la Victoria, Ramiro Gallo, Sonia Posetti, le Quintet de Diego Schissi…
Avec de solides connaissances du tango traditionnel, ces groupes s’en éloignent en le rendant plus contemporain. »

Quelle est selon toi ta contribution au tango ?
« Pugliese disait que nous sommes tous une partie infime de la grande machine du tango. Au-delà de cela, je crois que quelque chose est en train de se passer. Toute création est la somme d’expériences. Ainsi, chaque orchestre dans lequel j’ai joué, chaque projet m’a construit un peu plus et a nourri ma création.
De même, cette milonga de la Victoria fut une recherche, une construction culturelle si on peut dire puisque cela permet que la Victoria et le Duo perdurent, ce qui me parait être l’essentiel. Comme tous, j’aimerais que le tango redevienne populaire. Je pense – et beaucoup sont contre cet avis, qui m’est très personnel – que le tango n’est pas Argentin mais qu’il est un produit du monde entier. En Argentine, il fait partie intégrante de la culture et Buenos Aires en est le lieu de référence symbolique privilégié. Cela sera toujours le cas, mais je crois que le tango aujourd’hui existe un petit peu dans chaque ville du monde. N’importe qui peut danser, s’il en a le désir, et bien danser. Il faut pour cela écouter beaucoup, danser beaucoup, et tenter de comprendre le langage du tango. Il parle de choses très basiques, humaines. La musique est le fruit d’un mélange : il a beaucoup d’Europe. Cela le rend bien plus assimilable dans n’importe quelle partie du monde parce que, à son origine, beaucoup de cultures ont contribué au tango. Ce qui explique sa popularité internationale actuelle. »

Héros ?
« Je suis un travailleur mais je ne me considère pas talentueux. Je n’ai aucune intention d’être une star du bandonéon. Je souhaite simplement pouvoir m’exprimer avec mon instrument, trouver ma voix. Etre sur scène ne fait pas de toi un héros, et je n’en suis pas un. Tout ce qui m’arrive est le résultat de beaucoup de travail et de choix. »

Un espoir pour le tango ?
« Le tango est en pleine expansion. Il devient comme une culture populaire mondiale, on en retrouve un peu, dans chaque ville du monde. Pour que la musique soit populaire, il faut la rendre accessible au public, et donc comprendre ses attentes et ce qui le touche musicalement. Ainsi, des groupes comme la Fernandez Fierro ou le tango électronique peuvent emmener des gens au tango, par une voie périphérique. De même le tango traditionnel attire beaucoup. Il en va de notre responsabilité d’attirer toujours plus de gens et surtout de leur donner envie de rester et d’expérimenter, de rechercher leur propre tango. »

Merci Hugo… en espérant ton retour à Buenos Aires pour t’écouter au Café Vinilo !

6
Photo By: Javier López Uriburu

Laissez un commentaire

Your email address will not be published.