Journal #1 : Du tango dans l’air

Je discutais avec une récente connaissance à quel point j’aimais respirer le tango dans Buenos Aires. Pour moi, la milonga n’est qu’une infime frange du tango, son interprétation la plus évidente, la plus directe, la plus facile. La vie de la milonga est assez extraordinaire et je reviendrai là-dessus pour raconter quelques sorties qui m’ont touchées ces derniers temps. Mais Buenos Aires est tout de même le berceau du tango, ce qui a nourri et continue de nourrir ses artistes : lettristes, musiciens, chanteurs, danseurs, peintres, écrivains, photographes… Le tango est partout, si on veut l’y voir. Je le croise tous les jours dans une rue pavée et arborée, illuminée par le soleil de fin d’après-midi, la nuit je le retrouve dans son ciel rouge. Ses orages et ses tempêtes invitent à se confiner dans un bar à boire du café au lait bien chaud ou une bière bien fraiche. Les murs, les coins de rue illustrent le tango, on le respire à certaines terrasses de café, à un arrêt de bus, dans une conversation… Le tango est là, si on veut le voir. Et parfois, la vie fait ses petits cadeaux, le tango fait des incursions si bienvenues, comme l’autre jour, alors que je retrouvais mon amoureux après des réunions de travail, dans un bar si tanguero à mon goût. Alors que le serveur qui connait nos goûts par coeur et ne prend même plus la peine de nous demander ce qu’on veut avant de nous servir, entre un couple, lui avec une guitare, elle avec un sombrero à la main.
« Tiens, je le connais lui. Ils vont chanter, regarde. Tu vas adorer.
– Du tango ?
– Evidemment. »
Mon coeur fait un bond. Ils naviguent à travers les tables, annonçant qu’ils sont là quelques instants pour faire vivre le tango, qui appartient à la culture populaire, la culture de la rue et des bars… Il commence les notes, je reconnais immédiatement un tango que j’adore, je fredonne, elle se met à chanter d’une belle voix claire et grave, moi qui n’aime pas trop les chanteuses de tango, cette fois-ci mon sourire s’étire sur toute sa largeur. Tout respire le tango, le café fumant où le serveur a dessiné un petit personnage avec la mousse, les vieux habitués qui jouent aux échec, une télévision qui repasse le match de foot de la veille, une autre branchée sur la chaîne des faits divers. Le bruit de la cafetière, le cuisinier qui prépare des sandwiches de milanesa à tour de bras… et ce couple qui vient nous chanter quelques tangos en acoustique, guitare et voix.
Cela n’arrive qu’à Buenos Aires, et c’est magique.

5
Photo By: Baila Blanca

Laissez un commentaire

Your email address will not be published.