Chroniques Porteñes #39 – Les touristes français à la milonga

Les touristes français viennent parfois en solitaire ou en couple, et parviennent à se fondre dans la masse parfois indistincte des étrangers dans les milongas. Souvent toutefois, ils se rallient aux premiers français qu’ils croisent pour ne pas se sentir perdus en pays inconnu. On finit quand même par les repérer par divers signes distinctifs : gros sac à dos contenant plusieurs paires de chaussures, bouteille d’eau, en-cas. Mais ce n’est pas d’eux que je souhaite parler, puisque parfois ceux-là peuvent se montrer aimables puisque seuls, donc plus ouverts aux rencontres et avides de renseignements, bons plans, techniques pour débourser le moins possible etc.

Non, je veux parler des touristes en meutes. Ceux qui sont en voyage organisé, qui ont payé une fortune pour venir à Buenos Aires avec leurs professeurs. Un forfait tout-inclus. Mais le sourire, la gentillesse et l’amabilité ne semblent pas faire partie du pack. Tout leur est du, puisqu’ils ont payé. Bien sûr, comme Buenos Aires est un pays du tiers-monde, on cherche sans cesse à les entuber, les chauffeurs de taxis ont fait tout le tour de la ville avant de les emmener à l’adresse indiquée, les rues sont dangereuses et malfamées, les locaux sont des voleurs. Mais alors pourquoi viennent-ils donc ? Pour le tango, évidemment. Souvent ils ont un certain âge et sont inflexibles, intransigeants, de mauvaise humeur et de mauvaise foi, sans beaucoup de volonté personnelle sauf celle de critiquer, ignorer, se plaindre.
Ah, la plainte du français. Elle est légendaire. Les organisateurs de milonga s’arrachent les cheveux. Ils veulent tout, c’est à dire ne pas payer l’entrée, avoir la table la mieux placée, arriver à l’heure qui les chante mais qu’on leur ait gardé la place. Ils ne connaissent rien aux codes de la milonga ou de la piste, parlent fort pendant les démonstrations ou les concerts, s’interpèlent ou dérangent ceux qui dansent pour les saluer, donnent des coups à hurler parfois de douleur sur la piste. Ils critiquent et se moquent, enfin, d’absolument tout ce qu’ils voient. Du style vestimentaire de certains, du lieu, du volume sonore, des gens, des danseurs, de la nourriture…. Le français n’est jamais content, et lorsqu’il est en meute, la mauvaise humeur est encore plus contagieuse.

J’ai toujours cette fâcheuse habitude de vouloir aider lorsque je croise quelqu’un qui parait en avoir besoin. Et hier soir, un énorme groupe de français devait venir à la milonga. J’en ai entendu quelques uns se plaindre à l’entrée, maugréer et hésiter à entrer « mieux vaut attendre les autres à l’extérieur » comme si l’intérieur allait les dévorer s’ils rentraient seuls. Bonne poire, je me retourne et leur suggère avec un sourire de rentrer, car c’est déjà plein à craquer s’ils veulent s’asseoir. Pour toute réponse, j’ai eu « Ah, une française » craché avec mépris pour l’un, une sorte de moue mesquine et mauvaise pour un autre, ignorance du reste du groupe. Et le manège s’est répété plusieurs fois jusqu’à ce que je manque de leur envoyer au visage des insanités méritées et que je décide de les laisser mijoter dans leur bêtise.

Quelle belle image, vraiment !

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Photo By: @internet

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