Travail de DJ : le tango de Marcelo Rojas 2/3

« Ce qui m’importe le plus est que les gens se divertissent, que tout le monde soit sur la piste. Qu’on danse bien ou mal, cela ne m’intéresse pas. La milonga doit être une fête. »

La première partie de l’interview disponible ici.

L’histoire et la trajectoire de Rojas

« Je suis né à la Boca, qui est un quartier tanguero. On dit souvent que le tango t’attend. Et quand le tango est entré par hasard dans ma vie, c’était au bon moment. Le fait de grandir dans un quartier tanguero, j’ai vécu de nombreuses choses fortuites qui m’ont rapproché du tango. J’ai commencé à travailler au bar d’une milonga il y a 25 ans. A cette époque j’étais DJ pour d’autres rythmes. Surtout pour mes amis. En tout cas rien de tango. Un jour le gérant du lieu s’est disputé avec le DJ qui est parti en claquant la porte. Il y avait des K7 de tango et j’ai proposé de les passer. Les tangueros m’ont beaucoup aidé, m’expliquant ce qui s’écoutait et ce qui se dansait… Et j’ai continué à apprendre. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour les danseurs qui me respectaient aussi beaucoup. Je voulais leur offrir quelque chose. J’ai continué, et je me suis retrouvé à voyager à travers le monde pour le tango ! »

Musicaliser, un renouveau constant. La milonga doit être une fête

« Le tango s’associe à la passion, au goût. J’essaye de m’adapter à tous afin que chacun passe un bon moment. Ne pas danser moi-même m’avantage puisque d’abord, je ne mets pas des morceaux pour assouvir mon propre désir de rejoindre la piste, mais surtout cela me permet d’observer énormément. Regarder ce qu’il se passe, absolument tout, m’aide énormément. Je regarde comment se comportent les gens, s’il y a plus de femmes que d’hommes, quel est l’âge moyen des femmes, s’il y en a beaucoup qui sont assises, pourquoi est-ce qu’elles ne dansent pas, si les hommes dansent mal… J’imagine plusieurs scénarios ainsi cela m’aide à musicaliser sur le moment. Je ne prépare jamais à l’avance ce que je vais passer en milonga. Ne pas avoir le désir de danser moi-même me rend les choses beaucoup plus faciles. Je suis plus attentif à ce qu’il se passe, je me demande s’il fait chaud ou froid, et cela va impacter mon choix de morceaux et de rythmes. S’il y a moins d’hommes, c’est lui que je vais protéger afin qu’il puisse danser le plus longtemps possible et invite des danseuses, etc. S’il y a beaucoup de femmes, je regarde leurs jambes, quel type de talons portent-elles : si le talon est bas cela signifie qu’elles dansent peu, ou depuis peu de temps et donc ce sont des débutantes et il faut leur proposer de la musique qu’elles peuvent avoir rencontré en cours pour leur donner confiance… Tout ça ! Ce qui m’importe le plus est que les gens se divertissent, que tout le monde soit sur la piste. Qu’on danse bien ou mal, cela ne m’intéresse pas, c’est le souci des maestros. Le mien est de faire danser le plus de gens. Parfois je vois que tout le monde est assis à une table et peu à peu, pouf, pouf, ils se lèvent pour aller danser. Et cela me réjouit, me laisse à penser que je fais là du bon travail. »

Parfois, les gens apprécient beaucoup de seulement écouter la musique…

Oui, pour moi c’est un luxe aussi de pouvoir regarder les expressions sur les visages des gens qui écoutent le tango. Je m’assure que les gens s’amusent, je me met à leur écoute, parce que pour moi la milonga est une fête, et tous doivent y prendre part, même les plus débutants ou ceux qui ne savent pas danser. Je ne suis pas un DJ de danseurs, je suis un DJ pour tous. C’est mon objectif en tout cas. Je souhaite réveiller des sensations grâce à une musique agréable, et peut-être éveiller une envie d’apprendre à danser. Parfois je me confronte à des publics qui ne connaissent absolument rien du tango, et donc je joue avec des cortinas d’autres genres musicaux, afin de montrer que le tango peut tout à fait s’ouvrir à d’autres choses.

Je ne me ferme à aucun genre musical. Je peux mettre du tango, mais également de la cumbia, du rock, de la pop, de la salsa. Si je vois que les gens s’amusent et se divertissent, je laisse la musique, je ne la change pas immédiatement pour la remplacer par un tango. Je souhaite que tous oublient leurs problèmes le temps de la milonga et qu’ils se divertissent autant que possible. Je ne peux pas prévoir les goûts, j’attends de sentir la piste et la salle, de rencontrer les gens afin de leur apporter quelque chose qui les émeuve. Je n’arrive pas quelque part en disant « ça, c’est le tango, ça c’est la culture ». Lorsque j’arrive dans une milonga, je m’approprie d’abord la culture du lieu. Si je vais à Toulouse où tu habitais, je regarde comment sont les toulousains, je m’y adapte pour leur offrir quelque chose qu’ils comprennent, soit cohérent et puissent apprécier. Je n’arrive pas pour imposer ce que j’ai décider. C’est ainsi que je fonctionne, où que je sois dans le monde. La milonga est une fête, et je crois que dans les années 1940 c’était un lieu de divertissement.  »

Dernière partie de l’interview bientôt disponible !

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Photo By: Cristina Peccioli
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