Marco Gonzalez – Deuxième partie

Lire la première partie de l’interview ici.

Marco est donc danseur professionnel mais également professeur. Quelle est pour lui sa contribution au tango ? « Il y a plusieurs choses à dire, et tout dépend de quel point de vue tu te places. Comme professeur, il s’agit surtout de faire connaitre la culture argentine, et pour moi c’est plutôt au niveau du pays entier, et non seulement de Buenos Aires à travers le tango. Je suis de Formosa, je viens d’une famille Guarani et Pichuan. Tous les grands danseurs et les grands musiciens ne sont pas uniquement de Buenos Aires, contrairement à ce que les gens ont tendance à penser. C’est ce que je tente humblement : faire rayonner la culture si variée de mon pays, tout en permettant aux gens de se divertir. Bien entendu, il y a le tango que j’enseigne : tango salon, milonguero, nuevo…
J’essaye de faire comprendre que l’Argentine, cela ne se résume pas à Gardel, Maradona, Messi, et la viande de boeuf ! C’est pourquoi je suis dans cette recherche de fusion tango-folklore, au niveau de professeur mais aussi de la scène. »

A-t-il une quelconque fierté à me raconter ? « Je crois que ma plus grande fierté a été de faire partie du Ballet National de Folklore Argentin. C’est là que j’ai commencé à devenir professionnel. Certains professeurs m’ont énormément appris, mais en faire mon métier a été possible à partir de là.
Je suis aussi très fier d’avoir pu apporter le tango en Galicia, en Espagne. Il n’y en avait que peu voire pas. Aujourd’hui, il y a une communauté agréable et de bon niveau. »

Puis il me dit en riant, après un instant d’hésitation et les yeux brillants : « A un niveau plus personnel, je suis extrêmement fier d’être le père de deux adorables petites filles. Luciana et Victoria ont changé ma vie et m’ont fait mûrir, m’ont permis d’avoir une approche de la vie que je n’avais pas avant. Je les ai dans la peau, chaque décision que je prends me ramène à elles. J’ai récemment quitté la Galicia et c’est douloureux de ne pas être continuellement près d’elles. Mais à la fois, je suis en accord avec moi. »

Je lui demande alors s’il a un héroïsme à me raconter, et sa réponse ne me surprend pas du tout : « Mon seul héroïsme est d’être le père de mes filles! Je suis comme un Super Marco pour elles. C’est drôle, pour la fête des pères, elles m’ont dessiné en tenue de super héros avec une cape. Elles me dessinent souvent, avec une couronne ou un soleil sur la tête. Incroyable comme peuvent te voir les enfants parfois! C’est mon seul héroïsme! »

Après avoir bien ri et commandé un autre café, je lui demande de me parler de ses espoirs pour le tango.
« Je souhaite qu’il se poursuive avec vitalité, qu’on le fasse évoluer, fusionner, qu’on le diffuse. Qu’il soit en confrontation et en relation avec d’autres cultures. C’est comme si plus il y a de gens, plus les possibilités d’un jaillissement créatif sont grandes. C’est ainsi que sont apparu le tango Nuevo, que se sont révélés Piazzola, Pugliese, Naveira… Il y a des gens qui révolutionnent le tango. Et ce ne sont pas forcément des argentins! Le tango, pour moi, ce sont deux coeurs qui dansent, qui peuvent se passionner, rire, pleurer, se sentir bien ou mal, passer par de nombreuses émotions. Pas besoin d’être argentin pour ça ! Il me semble que n’importe qui peut apporter son quelque chose.
Certains disent qu’on risque de perdre l’essence du tango si on le fusionne ou qu’on le fait évoluer. Je ne suis pas d’accord. Ce qui a une essence véritable dure, peu importe les formes que cela prend au cours du temps. Il faut adapter les choses aux époques, aujourd’hui avec internet tout va plus vite, les relations, les apprentissages. Heureusement que le tango évolue, sinon il n’y aurait pas eu tout ce foisonnement artistique auquel on assiste aujourd’hui. »

Et Marco, lui, dans sa vie, il souhaite contribuer au divertissement des gens grâce au tango, par la musique qu’il choisit dans ses cours ou ses milongas, les spectacles qu’il donne, et tente de contribuer à l’évolution du tango en cherchant quels sont les ponts, les liens possibles, entre le tango et le folklore argentin. Après tout, nous pourrions dire que le tango est une danse folklorique de Buenos Aires, et marier deux danses n’est pas une hérésie…

Vidéo de Alfonso Duarte, prise lors du festival de Salamanque

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Photo By: Tono

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